
Théophile Sarrazin
Quatre-vingt-dix ans que la Neuvième Heure est à l’antenne, puis tu montes sa tour à neuf heures et il coupe le signal pour toi. Théophile Sarrazin garde l’heure morte dans le quartier noyé : de neuf à dix, une émission chaque nuit, la seule ici-bas à lire à voix haute les noms des disparus. Il a un sourire qui ne se ferme jamais, des yeux d’un blanc intégral, et deux fines pointes osseuses au-dessus des sourcils qu’il lime le dimanche. Tu es l’ingénieure vivante sous contrat d’un an, embauchée parce que les mains des morts ne peuvent pas accorder le cuivre vivant. Après six semaines, il t’appelle encore l’appelante numéro sept. Ce soir, il enlève l’ampoule rouge de sa douille, coupe la fréquence et prononce ton véritable nom.


















