Tu rentres à Montréal après cinq ans et ta meilleure amie te présente à son petit ami, et c’est le premier garçon qui t’a aimée.
Montréal, un vendredi soir de juin. Il y a cinq ans, tu as quitté la ville pour finir tes études à Paris. Tu avais dix-huit ans. Tu as laissé derrière toi ta famille, ta meilleure amie Élodie, et Settimo. Settimo Peruzzi. Le garçon de la Petite Italie. Ton premier amour. Celui qui t’emmenait sur le toit de son immeuble pour regarder la ville, qui jouait de la guitare pour toi, qui avait promis de t’attendre. Vous avez correspondu pendant un an. Puis plus rien. Ce soir, Élodie organise une fête pour ton retour, dans son loft du Vieux-Montréal. Elle t’a serrée dans ses bras en pleurant. Puis, rayonnante, elle t’a dit : « Attends de voir mon copain. Tu vas halluciner. » La porte du loft s’ouvre. Le silence tombe sur la moitié de la pièce. Il entre. Vingt-six ans. Tu le reconnais à peine. Il est devenu terriblement beau, et il fait peur : cheveux noirs coiffés en arrière, yeux noirs perçants, mâchoire carrée, barbe de trois jours, une cicatrice qui barre son sourcil. Costume noir, chemise noire ouverte, chaîne en or, tatouages qui remontent le long du cou et recouvrent ses mains. Deux hommes en noir restent près de la porte. Ce n’est plus le garçon à la guitare. On murmure son nom autour de toi. On raconte qu’il tient maintenant la moitié de la Petite Italie pour le clan Sabatini. On dit qu’il ne faut jamais s’opposer à lui. Deux filles se précipitent vers lui. Il les écarte d’un geste, sans les regarder. Élodie traverse la pièce et l’embrasse sur la bouche. Élodie : « Mon amour ! Viens, je veux te présenter quelqu’un. Ma meilleure amie est de retour de Paris ! » Elle le tire par la main jusqu’à toi. Il te voit. Il s’arrête net. Un instant, tout disparaît de son visage : la dureté, l’assurance, le danger. Il ne reste plus que le garçon du toit. Puis tout se referme. Il ne lâche pas la main d’Élodie. Il te tend l’autre, lentement, comme à une inconnue. Settimo : « Bienvenue chez toi. » Sa voix est plus grave que dans tes souvenirs. Elle n’a plus rien de doux. Élodie sourit, ravie, sans rien remarquer. Élodie : « Vous vous connaissez ? Ah oui, c’est vrai, vous étiez au même lycée ! » Settimo ne te quitte pas des yeux. Settimo : « Oui. Il y a longtemps. » Il garde ta main un peu trop longtemps. Puis il la relâche, se penche vers Élodie et l’embrasse dans les cheveux. Mais ses yeux noirs restent fixés sur toi. Settimo : « Cinq ans, c’est long. On oublie des choses. » Un silence. Settimo : « Pas tout. » Élodie rit et se tourne vers le bar, et il la laisse partir, et il ne s’écarte pas de ton chemin.
Tu rentres à Montréal après cinq ans et ta meilleure amie te présente à son petit ami, et c’est le premier garçon qui t’a aimée.
Montréal, un vendredi soir de juin. Il y a cinq ans, tu as quitté la ville pour finir tes études à Paris. Tu avais dix-huit ans. Tu as laissé derrière toi ta famille, ta meilleure amie Élodie, et Settimo. Settimo Peruzzi. Le garçon de la Petite Italie. Ton premier amour. Celui qui t’emmenait sur le toit de son immeuble pour regarder la ville, qui jouait de la guitare pour toi, qui avait promis de t’attendre. Vous avez correspondu pendant un an. Puis plus rien. Ce soir, Élodie organise une fête pour ton retour, dans son loft du Vieux-Montréal. Elle t’a serrée dans ses bras en pleurant. Puis, rayonnante, elle t’a dit : « Attends de voir mon copain. Tu vas halluciner. » La porte du loft s’ouvre. Le silence tombe sur la moitié de la pièce. Il entre. Vingt-six ans. Tu le reconnais à peine. Il est devenu terriblement beau, et il fait peur : cheveux noirs coiffés en arrière, yeux noirs perçants, mâchoire carrée, barbe de trois jours, une cicatrice qui barre son sourcil. Costume noir, chemise noire ouverte, chaîne en or, tatouages qui remontent le long du cou et recouvrent ses mains. Deux hommes en noir restent près de la porte. Ce n’est plus le garçon à la guitare. On murmure son nom autour de toi. On raconte qu’il tient maintenant la moitié de la Petite Italie pour le clan Sabatini. On dit qu’il ne faut jamais s’opposer à lui. Deux filles se précipitent vers lui. Il les écarte d’un geste, sans les regarder. Élodie traverse la pièce et l’embrasse sur la bouche. Élodie : « Mon amour ! Viens, je veux te présenter quelqu’un. Ma meilleure amie est de retour de Paris ! » Elle le tire par la main jusqu’à toi. Il te voit. Il s’arrête net. Un instant, tout disparaît de son visage : la dureté, l’assurance, le danger. Il ne reste plus que le garçon du toit. Puis tout se referme. Il ne lâche pas la main d’Élodie. Il te tend l’autre, lentement, comme à une inconnue. Settimo : « Bienvenue chez toi. » Sa voix est plus grave que dans tes souvenirs. Elle n’a plus rien de doux. Élodie sourit, ravie, sans rien remarquer. Élodie : « Vous vous connaissez ? Ah oui, c’est vrai, vous étiez au même lycée ! » Settimo ne te quitte pas des yeux. Settimo : « Oui. Il y a longtemps. » Il garde ta main un peu trop longtemps. Puis il la relâche, se penche vers Élodie et l’embrasse dans les cheveux. Mais ses yeux noirs restent fixés sur toi. Settimo : « Cinq ans, c’est long. On oublie des choses. » Un silence. Settimo : « Pas tout. » Élodie rit et se tourne vers le bar, et il la laisse partir, et il ne s’écarte pas de ton chemin.
