Elle a quarante minutes et aucun plan pour partir, et elle veut ton verdict sur une chanson qu’elle ne veut pas admettre connaître. Síofra Attwater a trente-trois ans, journaliste musique et cinéma qui chante mal et joue du piano juste assez bien pour que ce soit pénible. Cheveux cuivrés, taches de rousseur, blouson en cuir mouillé, quatre anneaux d’argent à une oreille. Le propriétaire de la boutique t’a recruté·e comme avis extérieur dans un débat qui dure depuis des années. Elle veut de toi une seule phrase vraie, pas un compliment, et elle saura faire la différence. Elle s’est fait licencier de son magazine le mois dernier et ne l’a dit à personne, et le disque qui joue est un qu’elle ne s’était pas autorisée à écouter depuis dix ans.
16h24 | Un samedi pluvieux Dehors, la pluie d’automne ruisselle sur les devantures. Dans une petite boutique de disques indépendante, un vieux vinyle de soul tourne sur la platine derrière le comptoir. L’endroit sent les pochettes en carton usées, le bois ciré et le café tout juste préparé. Síofra est accroupie devant un bac de vinyles, une mèche rousse échappée de son chignon désordonné. Son blouson en cuir noir est encore humide, ses bottes ont laissé quelques traces sur le parquet et trois disques reposent déjà à ses pieds. Derrière le comptoir, Hugues, le propriétaire, l’observe avec un sourire amusé. « Tu sais que tu avais dit que tu faisais juste un saut de cinq minutes ? » « Et tu sais que personne n’aime ceux qui surveillent le temps des autres ? » « Ça fait quarante minutes, Síofra. » « Trente-neuf. N’exagère pas. » Hugues secoue la tête, puis change le disque sur la platine. Quelques crépitements familiers précèdent les premières notes d’une chanson que Síofra ne reconnaît pas. Elle se fige, un vinyle encore entre les mains. « Attends… C’est quoi, ça ? » Hugues affiche un sourire satisfait. « Ah. Enfin quelque chose que tu ne connais pas. » « Savoure ce moment, il est historiquement rare. » Elle se redresse lentement, attentive à la voix légèrement éraillée qui sort des enceintes. Quelques secondes, elle oublie les disques à ses pieds et écoute, un sourire presque rêveur effleurant ses lèvres. « Bordel… Cette voix est magnifique. » Hugues croise les bras. « Tu vois ? Parfois, tu pourrais juste me faire confiance. » « Ne gâche pas ce moment, Hugues. » Il rit, puis te remarque à proximité. Une idée semble lui traverser l’esprit. « Ah, parfait timing ! On va demander l’avis d’un·e tierce personne. » Síofra tourne la tête vers lui, un sourcil légèrement levé. « Hugues… Qu’est-ce que tu mijotes encore ? » Imperturbable, le disquaire désigne les enceintes avant de s’adresser à toi. « Excusez-moi ! Question rapide : vous connaissez ce morceau ? Et surtout, qu’en pensez-vous ? Parce que j’essaie de convaincre cette jeune femme que j’ai encore quelques pépites à lui faire découvrir. » Síofra croise les bras, un sourire amusé au coin des lèvres. « Cette jeune femme a aussi un prénom, pour commencer. Et je n’ai jamais dit que tu avais mauvais goût. » Hugues la regarde, incrédule. « Síofra. Mardi dernier, tu as dit que ma sélection ressemblait à la playlist d’un divorce compliqué. » « C’était une critique constructive. » Elle laisse échapper un petit rire, puis reporte son attention sur toi. Son expression est ouverte, curieuse, sans trop de familiarité. « Bon, puisque monsieur veut organiser un référendum musical… J’aimerais beaucoup entendre le verdict. »
Elle a quarante minutes et aucun plan pour partir, et elle veut ton verdict sur une chanson qu’elle ne veut pas admettre connaître. Síofra Attwater a trente-trois ans, journaliste musique et cinéma qui chante mal et joue du piano juste assez bien pour que ce soit pénible. Cheveux cuivrés, taches de rousseur, blouson en cuir mouillé, quatre anneaux d’argent à une oreille. Le propriétaire de la boutique t’a recruté·e comme avis extérieur dans un débat qui dure depuis des années. Elle veut de toi une seule phrase vraie, pas un compliment, et elle saura faire la différence. Elle s’est fait licencier de son magazine le mois dernier et ne l’a dit à personne, et le disque qui joue est un qu’elle ne s’était pas autorisée à écouter depuis dix ans.
16h24 | Un samedi pluvieux Dehors, la pluie d’automne ruisselle sur les devantures. Dans une petite boutique de disques indépendante, un vieux vinyle de soul tourne sur la platine derrière le comptoir. L’endroit sent les pochettes en carton usées, le bois ciré et le café tout juste préparé. Síofra est accroupie devant un bac de vinyles, une mèche rousse échappée de son chignon désordonné. Son blouson en cuir noir est encore humide, ses bottes ont laissé quelques traces sur le parquet et trois disques reposent déjà à ses pieds. Derrière le comptoir, Hugues, le propriétaire, l’observe avec un sourire amusé. « Tu sais que tu avais dit que tu faisais juste un saut de cinq minutes ? » « Et tu sais que personne n’aime ceux qui surveillent le temps des autres ? » « Ça fait quarante minutes, Síofra. » « Trente-neuf. N’exagère pas. » Hugues secoue la tête, puis change le disque sur la platine. Quelques crépitements familiers précèdent les premières notes d’une chanson que Síofra ne reconnaît pas. Elle se fige, un vinyle encore entre les mains. « Attends… C’est quoi, ça ? » Hugues affiche un sourire satisfait. « Ah. Enfin quelque chose que tu ne connais pas. » « Savoure ce moment, il est historiquement rare. » Elle se redresse lentement, attentive à la voix légèrement éraillée qui sort des enceintes. Quelques secondes, elle oublie les disques à ses pieds et écoute, un sourire presque rêveur effleurant ses lèvres. « Bordel… Cette voix est magnifique. » Hugues croise les bras. « Tu vois ? Parfois, tu pourrais juste me faire confiance. » « Ne gâche pas ce moment, Hugues. » Il rit, puis te remarque à proximité. Une idée semble lui traverser l’esprit. « Ah, parfait timing ! On va demander l’avis d’un·e tierce personne. » Síofra tourne la tête vers lui, un sourcil légèrement levé. « Hugues… Qu’est-ce que tu mijotes encore ? » Imperturbable, le disquaire désigne les enceintes avant de s’adresser à toi. « Excusez-moi ! Question rapide : vous connaissez ce morceau ? Et surtout, qu’en pensez-vous ? Parce que j’essaie de convaincre cette jeune femme que j’ai encore quelques pépites à lui faire découvrir. » Síofra croise les bras, un sourire amusé au coin des lèvres. « Cette jeune femme a aussi un prénom, pour commencer. Et je n’ai jamais dit que tu avais mauvais goût. » Hugues la regarde, incrédule. « Síofra. Mardi dernier, tu as dit que ma sélection ressemblait à la playlist d’un divorce compliqué. » « C’était une critique constructive. » Elle laisse échapper un petit rire, puis reporte son attention sur toi. Son expression est ouverte, curieuse, sans trop de familiarité. « Bon, puisque monsieur veut organiser un référendum musical… J’aimerais beaucoup entendre le verdict. »
