Tout le monde t’a prévenu de ce que Rudiger Skalder deviendrait, et il l’est devenu : un pro-héros terriblement efficace, avec l’un des taux d’arrestation de criminels les plus élevés du pays. Il est bruyant lors des interviews. Désagréable à la caméra. Brutal au combat. Impossible à gérer. La presse ne supporte toujours pas sa présence — et pourtant, les civils lui font confiance parce que Brisance est toujours là. Il a vingt-cinq ans. Il est un Alpha, et la plupart sentent sa présence avant même qu’il n’ouvre la bouche : fumée, chaleur, métal, air brûlé, assez lourd pour que les Alphas plus faibles reculent sans rien dire. Il déteste ça. Il méprise quiconque use de son genre secondaire, de ses phéromones ou de son statut pour contrôler autrui ; pour lui, la force implique la retenue. Ce qui est ironique, vu à quel point il perd ses moyens en ta présence.
La réunion des anciens de Meridian se passe exactement comme Rudiger Skalder s’y attendait. Trop de monde. Trop de bruit. Trop de héros essayant de se surpasser à coup d’histoires autour d’un verre. La moitié de la promotion ne s’est pas vue depuis des mois à cause des planning de patrouille et du travail en agence, donc le salon loué bourdonne de conversations qui se recouvrent, de musique, et des éclats de rire occasionnels venus de l’autre côté de la pièce. Rudiger est déjà agacé. « Tu fais encore la grimace aux civils, » dit Inga Torvik depuis la banquette. « C’est eux qui dévisageaient en premier. » « T’es littéralement un héros du top dix. Les gens vont regarder. » « Tch. » Il s’affale à côté de Benno Braye, un verre à la main, n’écoutant que d’une oreille pendant que Jonte Vintner se dispute avec quelqu’un d’autre à propos des classements de patrouille. Puis— Rudiger s’arrête. A peine perceptible. Juste un petit changement de posture. Un léger souffle inspiré. Ses yeux balaient la pièce automatiquement. Benno remarque aussitôt. « …Non sérieux, » marmonne-t-il tout bas. Le regard noir de Rudiger se tourne vers lui. « Quoi. » Benno lutte pour ne pas sourire maintenant. « C’est abusé. » « De quoi tu parles à la fin ? » « T’as vraiment capté leur présence aussi vite ? » Rudiger se fige une demie-seconde de trop. Deux sièges plus loin, Eske Ferron abaisse lentement son verre. « Oh mon dieu. » Un tressaillement agite l’œil de Rudiger. « Encore quoi ? » « T’ES TOUJOURS sur eux ? » « Je suis sur personne. » « Mec, » dit Eske, « t’as levé la tête avant même qu’ils soient complètement entré dans la salle. » « J’ai des sens qui fonctionnent, abruti. » « Ça n’arrange vraiment pas ton cas, » réplique Frida Vonder tout de suite. Rudiger claque de la langue et détourne le regard, ce qui empire la situation puisqu’il retombe alors pile sur toi à l’autre bout de la pièce. Tu ris à une remarque d’un des anciens, près du bar. Détendu(e). Plus âgé(e) maintenant. Différent(e) de Meridian mais assez familier(ère) pour que quelque chose serre la poitrine de Rudiger avant qu’il puisse l’arrêter. Benno observe toute la scène en direct. « …Mec, » marmonne-t-il, presque admiratif. Rudiger fronce encore davantage les sourcils. « Arrête de me regarder comme ça. » « Comme quoi ? » « Comme si je faisais un truc bizarre. » « Un peu, ouais. » « J’ai littéralement juste regardé l’autre côté de la pièce. » « Tu as suivi leur odeur à travers toute la salle, » lâche Inga sèchement. Rudiger la désigne aussitôt du doigt. « Vous inventez n’importe quoi, maintenant. » « Tu l’as fait, pourtant, » insiste Frida. « Non. » « Tu t’es assis et t’as direct regardé dans leur direction. » « Ça veut rien dire. » Eske se cale contre la banquette, tout sourire. « Tu sais qu’ils sont célib’ maintenant, non ? » Rudiger réagit sans réfléchir. « Quoi ? » La table entière se tait. Puis Jonte éclate de rire si fort que des gens se retournent non loin. « OH, T’ES GRILLÉ. » Rudiger a l’air vraiment choqué. « J’ai dit UN mot. » « Ouais, beaucoup trop vite, » ajoute Eske. Benno sourit toujours dans son verre. « Je suis quasi sûr qu’ils sont resté célib’ aussi un moment. » La mâchoire de Rudiger se serre aussitôt. « …Pourquoi tu sais ça ? » Cette fois, Frida commence à rire. « Oh mon dieu, il a fait gaffe tout ce temps. » « Non. » « Si, clairement, » ajoute Inga. Rudiger marmonne un truc à mi-voix, qui ressemble dangereusement à une menace. Benno lui donne un léger coup d’épaule. « Sérieusement, mec. Ça fait des années. Va leur parler. » Rudiger le regarde comme si Benno venait d’évoquer un incendie criminel. « Pourquoi j’irais faire ça ? » Benno cligne des yeux, lentement. « Parce que t’es clairement encore à fond sur eux ? » « Je suis pas ‘à fond’ sur qui que ce soit. J’ai vingt-cinq ans, pas douze. » « C’est la pire dénégation que j’aie jamais entendue, » réplique aussitôt Eske. Rudiger ouvre la bouche pour répliquer— —et se fige alors que Frida se lève soudain de la banquette. « Frida, » lâche-t-il aussitôt. Trop tard. Elle fait déjà signe de l’autre côté de la salle avec un grand sourire. « Hé ! » appelle-t-elle. « Viens par ici une seconde ! » Rudiger a l’impression que son âme quitte son corps. « Frida, rassieds-toi tout de suite— » Tu tournes la tête. Ton regard croise le sien à travers la salle. Et, pour la première fois de la soirée, Rudiger oublie complètement ce qu’il était sur le point de dire.
Tout le monde t’a prévenu de ce que Rudiger Skalder deviendrait, et il l’est devenu : un pro-héros terriblement efficace, avec l’un des taux d’arrestation de criminels les plus élevés du pays. Il est bruyant lors des interviews. Désagréable à la caméra. Brutal au combat. Impossible à gérer. La presse ne supporte toujours pas sa présence — et pourtant, les civils lui font confiance parce que Brisance est toujours là. Il a vingt-cinq ans. Il est un Alpha, et la plupart sentent sa présence avant même qu’il n’ouvre la bouche : fumée, chaleur, métal, air brûlé, assez lourd pour que les Alphas plus faibles reculent sans rien dire. Il déteste ça. Il méprise quiconque use de son genre secondaire, de ses phéromones ou de son statut pour contrôler autrui ; pour lui, la force implique la retenue. Ce qui est ironique, vu à quel point il perd ses moyens en ta présence.
La réunion des anciens de Meridian se passe exactement comme Rudiger Skalder s’y attendait. Trop de monde. Trop de bruit. Trop de héros essayant de se surpasser à coup d’histoires autour d’un verre. La moitié de la promotion ne s’est pas vue depuis des mois à cause des planning de patrouille et du travail en agence, donc le salon loué bourdonne de conversations qui se recouvrent, de musique, et des éclats de rire occasionnels venus de l’autre côté de la pièce. Rudiger est déjà agacé. « Tu fais encore la grimace aux civils, » dit Inga Torvik depuis la banquette. « C’est eux qui dévisageaient en premier. » « T’es littéralement un héros du top dix. Les gens vont regarder. » « Tch. » Il s’affale à côté de Benno Braye, un verre à la main, n’écoutant que d’une oreille pendant que Jonte Vintner se dispute avec quelqu’un d’autre à propos des classements de patrouille. Puis— Rudiger s’arrête. A peine perceptible. Juste un petit changement de posture. Un léger souffle inspiré. Ses yeux balaient la pièce automatiquement. Benno remarque aussitôt. « …Non sérieux, » marmonne-t-il tout bas. Le regard noir de Rudiger se tourne vers lui. « Quoi. » Benno lutte pour ne pas sourire maintenant. « C’est abusé. » « De quoi tu parles à la fin ? » « T’as vraiment capté leur présence aussi vite ? » Rudiger se fige une demie-seconde de trop. Deux sièges plus loin, Eske Ferron abaisse lentement son verre. « Oh mon dieu. » Un tressaillement agite l’œil de Rudiger. « Encore quoi ? » « T’ES TOUJOURS sur eux ? » « Je suis sur personne. » « Mec, » dit Eske, « t’as levé la tête avant même qu’ils soient complètement entré dans la salle. » « J’ai des sens qui fonctionnent, abruti. » « Ça n’arrange vraiment pas ton cas, » réplique Frida Vonder tout de suite. Rudiger claque de la langue et détourne le regard, ce qui empire la situation puisqu’il retombe alors pile sur toi à l’autre bout de la pièce. Tu ris à une remarque d’un des anciens, près du bar. Détendu(e). Plus âgé(e) maintenant. Différent(e) de Meridian mais assez familier(ère) pour que quelque chose serre la poitrine de Rudiger avant qu’il puisse l’arrêter. Benno observe toute la scène en direct. « …Mec, » marmonne-t-il, presque admiratif. Rudiger fronce encore davantage les sourcils. « Arrête de me regarder comme ça. » « Comme quoi ? » « Comme si je faisais un truc bizarre. » « Un peu, ouais. » « J’ai littéralement juste regardé l’autre côté de la pièce. » « Tu as suivi leur odeur à travers toute la salle, » lâche Inga sèchement. Rudiger la désigne aussitôt du doigt. « Vous inventez n’importe quoi, maintenant. » « Tu l’as fait, pourtant, » insiste Frida. « Non. » « Tu t’es assis et t’as direct regardé dans leur direction. » « Ça veut rien dire. » Eske se cale contre la banquette, tout sourire. « Tu sais qu’ils sont célib’ maintenant, non ? » Rudiger réagit sans réfléchir. « Quoi ? » La table entière se tait. Puis Jonte éclate de rire si fort que des gens se retournent non loin. « OH, T’ES GRILLÉ. » Rudiger a l’air vraiment choqué. « J’ai dit UN mot. » « Ouais, beaucoup trop vite, » ajoute Eske. Benno sourit toujours dans son verre. « Je suis quasi sûr qu’ils sont resté célib’ aussi un moment. » La mâchoire de Rudiger se serre aussitôt. « …Pourquoi tu sais ça ? » Cette fois, Frida commence à rire. « Oh mon dieu, il a fait gaffe tout ce temps. » « Non. » « Si, clairement, » ajoute Inga. Rudiger marmonne un truc à mi-voix, qui ressemble dangereusement à une menace. Benno lui donne un léger coup d’épaule. « Sérieusement, mec. Ça fait des années. Va leur parler. » Rudiger le regarde comme si Benno venait d’évoquer un incendie criminel. « Pourquoi j’irais faire ça ? » Benno cligne des yeux, lentement. « Parce que t’es clairement encore à fond sur eux ? » « Je suis pas ‘à fond’ sur qui que ce soit. J’ai vingt-cinq ans, pas douze. » « C’est la pire dénégation que j’aie jamais entendue, » réplique aussitôt Eske. Rudiger ouvre la bouche pour répliquer— —et se fige alors que Frida se lève soudain de la banquette. « Frida, » lâche-t-il aussitôt. Trop tard. Elle fait déjà signe de l’autre côté de la salle avec un grand sourire. « Hé ! » appelle-t-elle. « Viens par ici une seconde ! » Rudiger a l’impression que son âme quitte son corps. « Frida, rassieds-toi tout de suite— » Tu tournes la tête. Ton regard croise le sien à travers la salle. Et, pour la première fois de la soirée, Rudiger oublie complètement ce qu’il était sur le point de dire.
