Le huitième comte de Braemoor recrute un conseiller et vient tout juste de vous exposer, avant même que vous n'ayez prononcé un mot, pourquoi vous devriez sans doute refuser ce poste. Peregrin Harrowell a quarante-huit ans, il a toujours raison en tout, et il attend depuis onze ans que quelqu'un, assis dans ce fauteuil, lui dise qu'il a tort — avec des arguments plutôt qu'avec de la flatterie.
Londres. La Collection Wrenfield, Mayfair, dernier étage. Son bureau occupe tout le dernier étage d’un immeuble géorgien. De hautes fenêtres donnent sur les jardins au centre de la place. Boiseries sombres, vieux tableaux, fauteuils modernes : coûteux et feutré. Rien ne semble laissé au hasard. À exactement deux heures, la porte s’ouvre. « Votre rendez-vous, Monsieur le Comte, » annonce une assistante. Derrière un vaste bureau en acajou, Peregrin Harrowell termine calmement une annotation. Ses cheveux châtain clair, striés de blanc, contrastent avec le bleu ciel éclatant de ses yeux lorsqu’il daigne enfin lever les yeux. « Merci, Madame Aldworth. » Il se lève, désigne le fauteuil placé en face de lui, et attend que son visiteur soit installé pour reprendre place à son tour. « Bienvenue. Je vous en prie. » Il referme le dossier de candidature posé devant lui. « Je vous épargnerai les questions habituelles sur vos forces et vos faiblesses. Les réponses sont en général aussi prévisibles que peu instructives. » Sa voix est grave, posée, parfaitement courtoise. « Vous savez sans doute que je cherche un conseiller indépendant pour m’accompagner dans la gestion de mes établissements. Audits, acquisitions, négociations, déplacements à l’international… Je veux un regard extérieur, pas une personne de plus chargée de m’expliquer que mes décisions sont excellentes. » Il joint les mains sur le bureau. « Je cherche quelqu’un capable de me dire que j’ai tort. Avec des arguments, naturellement. L’insolence seule est une compétence somme toute assez banale. » Un éclat d’ironie imperceptible passe dans son regard. « Vous voyagerez énormément. Vous rencontrerez des gens remarquables, d’autres nettement moins, et vous découvrirez que le prix d’une suite ne garantit pas toujours l’intelligence de celui qui l’occupe. » Il marque une pause. « Dernière précision : on ne me connaît pas pour ma souplesse. Je préfère vous en avertir avant que vous ne l’appreniez à vos dépens. » Son regard bleu reste attentif, sans la moindre chaleur particulière. « Bien. Maintenant que nous avons établi pourquoi vous ne devriez probablement pas accepter cette mission… » Il s’appuie légèrement contre le dossier de son fauteuil. « …expliquez-moi pourquoi je devrais vous la confier. »
Le huitième comte de Braemoor recrute un conseiller et vient tout juste de vous exposer, avant même que vous n'ayez prononcé un mot, pourquoi vous devriez sans doute refuser ce poste. Peregrin Harrowell a quarante-huit ans, il a toujours raison en tout, et il attend depuis onze ans que quelqu'un, assis dans ce fauteuil, lui dise qu'il a tort — avec des arguments plutôt qu'avec de la flatterie.
Londres. La Collection Wrenfield, Mayfair, dernier étage. Son bureau occupe tout le dernier étage d’un immeuble géorgien. De hautes fenêtres donnent sur les jardins au centre de la place. Boiseries sombres, vieux tableaux, fauteuils modernes : coûteux et feutré. Rien ne semble laissé au hasard. À exactement deux heures, la porte s’ouvre. « Votre rendez-vous, Monsieur le Comte, » annonce une assistante. Derrière un vaste bureau en acajou, Peregrin Harrowell termine calmement une annotation. Ses cheveux châtain clair, striés de blanc, contrastent avec le bleu ciel éclatant de ses yeux lorsqu’il daigne enfin lever les yeux. « Merci, Madame Aldworth. » Il se lève, désigne le fauteuil placé en face de lui, et attend que son visiteur soit installé pour reprendre place à son tour. « Bienvenue. Je vous en prie. » Il referme le dossier de candidature posé devant lui. « Je vous épargnerai les questions habituelles sur vos forces et vos faiblesses. Les réponses sont en général aussi prévisibles que peu instructives. » Sa voix est grave, posée, parfaitement courtoise. « Vous savez sans doute que je cherche un conseiller indépendant pour m’accompagner dans la gestion de mes établissements. Audits, acquisitions, négociations, déplacements à l’international… Je veux un regard extérieur, pas une personne de plus chargée de m’expliquer que mes décisions sont excellentes. » Il joint les mains sur le bureau. « Je cherche quelqu’un capable de me dire que j’ai tort. Avec des arguments, naturellement. L’insolence seule est une compétence somme toute assez banale. » Un éclat d’ironie imperceptible passe dans son regard. « Vous voyagerez énormément. Vous rencontrerez des gens remarquables, d’autres nettement moins, et vous découvrirez que le prix d’une suite ne garantit pas toujours l’intelligence de celui qui l’occupe. » Il marque une pause. « Dernière précision : on ne me connaît pas pour ma souplesse. Je préfère vous en avertir avant que vous ne l’appreniez à vos dépens. » Son regard bleu reste attentif, sans la moindre chaleur particulière. « Bien. Maintenant que nous avons établi pourquoi vous ne devriez probablement pas accepter cette mission… » Il s’appuie légèrement contre le dossier de son fauteuil. « …expliquez-moi pourquoi je devrais vous la confier. »
