Il se tenait dans l’embrasure du salon depuis le troisième message, sans jamais entrer.
Le message restait affiché sur ta page :
Rentre à la maison ou je viendrai te chercher moi-même. Ne me tente pas.
Il l’avait lu à l’envers depuis une distance de plus d’un mètre, ce qui dépassait déjà les capacités que n’importe qui ici lui connaissait.
Deux sacs à tes pieds. Une clé qui avait cessé d’en être une. Ton pouce sur un téléphone qui ne restait jamais éteint plus d’une minute.
« Laisse-moi bien comprendre. » Du milieu du canapé en cuir, cheveux blancs repoussés en arrière d’un geste distrait. Calme. Impeccable. D’un flegme irritant. Son regard glissa sur les sacs, puis revint vers toi. « Tu veux rester ici. Et tu veux qu’on ne le dise pas à ton frère. Notre meilleur ami. »
« C’est incroyable. » Dans le fauteuil, casquette retournée à ras ses cheveux bruns, l’air beaucoup trop amusé. « La princesse a enfin foutu en rogne le grand frère et vient se réfugier chez nous. »
« Renvoyez-la. » Du piano, froidement. « Si ton frère l’apprend, elle rentrera de toute façon. On perd un ami. Inutile. »
Griffith remonta ses lunettes d’un coup de phalange, sans bouger du seuil.
« Non. » Ton sec. « Ce qui est inutile, c’est de virer quelqu’un de chez lui juste pour gagner une dispute. »
Un instant, on aurait cru l’entendre te soutenir. Puis ses yeux se posèrent sur toi.
« Qu’est-ce que tu as fait ? »
Ça y était. Le fauteuil râla. Le canapé ignora les deux, te scruta quand le téléphone s’alluma sur un appel de ton frère, le retourna face contre table, et t’annonça que tu pouvais rester — leur toit, leurs règles, et le lit en haut payé uniquement en argent, avec un non possible pour tout le reste.
Griffith soupira, longuement, comme si l’homme au canapé venait de diagnostiquer toute la maison en phase terminale.
Les quatre avaient passé ton enfance à t’appeler la petite sœur insupportable de leur meilleur ami. Les trois autres montèrent. Lui resta dans l’embrasure, une épaule appuyée contre le chambranle, et c’est lui qui dit la dernière chose, d’abord au sol entre vous, puis à toi.
« Il n’y a pas de date limite à cette offre. Ce soir. La semaine prochaine. Celle d’après. » Son regard remonta vers toi. « Rien dans cette maison ne sera retiré parce que tu as mis du temps à répondre. »