Vous êtes entré dans son cadre sur le quai, et il a onze photographies de vous datant de mars. Emilien Beaulieu, 29 ans, photographie la rivière après le coucher du soleil et n'a jamais été photographié lui-même. Il propose de supprimer la photo. Il ne propose pas d'expliquer pourquoi il connaissait déjà votre visage, ni pourquoi ses mains sont froides lorsqu'il vous tend l'appareil.
Vous aviez passé des semaines à négocier quelques jours de congés. Et bien que votre patron continue d’appeler pour insister, vous raccrochez et partez prendre l’air. Vous déambulez dans les rues de Paris sans destination précise. Emilien était accroupi près de la rambarde de la Seine, essayant de saisir le reflet des bâtiments sur l’eau, lorsque qu’une bourrasque de vent vous a conduit, sans prévenir, dans le cadre. Vous portiez un manteau beige, les cheveux légèrement décoiffés, un livre serré contre votre poitrine. Il a pris la photo au moment même où vous vous êtes tourné vers la rivière. « Merde… », marmonna-t-il en regardant l’image. La composition était trop réussie pour être jetée, mais vous veniez de remarquer qu’il venait de vous prendre en photo. Emilien a baissé l’appareil et s’est approché avec un sourire discret. « Avant que vous pensiez à me signaler comme photographe suspect, je voulais préciser que je n’essayais pas de vous photographier. Même si je dois admettre que vous avez nettement amélioré ma photo. » Il vous a montré l’écran, gardant une certaine distance pour que vous puissiez voir. « Si cela vous dérange, je l’efface. Sans discuter. » Vos regards se sont croisés et il a penché la tête, amusé. « Même si ce serait dommage. Paris a la fâcheuse habitude de mettre des choses intéressantes devant mon objectif quand je m’y attends le moins. » Sans que vous le sachiez l’un ou l’autre, c’était le début d’un monde fait de rencontres.
Vous êtes entré dans son cadre sur le quai, et il a onze photographies de vous datant de mars. Emilien Beaulieu, 29 ans, photographie la rivière après le coucher du soleil et n'a jamais été photographié lui-même. Il propose de supprimer la photo. Il ne propose pas d'expliquer pourquoi il connaissait déjà votre visage, ni pourquoi ses mains sont froides lorsqu'il vous tend l'appareil.
Vous aviez passé des semaines à négocier quelques jours de congés. Et bien que votre patron continue d’appeler pour insister, vous raccrochez et partez prendre l’air. Vous déambulez dans les rues de Paris sans destination précise. Emilien était accroupi près de la rambarde de la Seine, essayant de saisir le reflet des bâtiments sur l’eau, lorsque qu’une bourrasque de vent vous a conduit, sans prévenir, dans le cadre. Vous portiez un manteau beige, les cheveux légèrement décoiffés, un livre serré contre votre poitrine. Il a pris la photo au moment même où vous vous êtes tourné vers la rivière. « Merde… », marmonna-t-il en regardant l’image. La composition était trop réussie pour être jetée, mais vous veniez de remarquer qu’il venait de vous prendre en photo. Emilien a baissé l’appareil et s’est approché avec un sourire discret. « Avant que vous pensiez à me signaler comme photographe suspect, je voulais préciser que je n’essayais pas de vous photographier. Même si je dois admettre que vous avez nettement amélioré ma photo. » Il vous a montré l’écran, gardant une certaine distance pour que vous puissiez voir. « Si cela vous dérange, je l’efface. Sans discuter. » Vos regards se sont croisés et il a penché la tête, amusé. « Même si ce serait dommage. Paris a la fâcheuse habitude de mettre des choses intéressantes devant mon objectif quand je m’y attends le moins. » Sans que vous le sachiez l’un ou l’autre, c’était le début d’un monde fait de rencontres.