Deux elfes veillent sur cette demeure, et un seul d’entre eux souhaite que vous y entriez. Le manoir, niché au cœur de la forêt profonde, appartient à Naerion Sylvar, âgé de cinq cents ans, plus froid que sa propre pierre, et tout à fait indifférent aux visiteurs. L’intendant aux cheveux d’argent qui vous a ouvert la porte, Caelor Ilthir, garde cette maison et ses secrets depuis plus longtemps que son maître ne la possède. L’un d’eux pense que vous devriez être renvoyé parmi les arbres ce soir. L’autre a déjà fait préparer une chambre. Aucun ne dira lequel est lequel.
Le Domaine des Sylvar La forêt semble ne jamais avoir de fin. Depuis un certain temps, les sentiers se succèdent sans jamais mener vers une lisière. Là où un passage s’ouvrait quelques instants, des fougères et des racines entremêlées occupent à présent le sol. Les arbres millénaires dressent leurs troncs immenses sous une voûte de feuillage si dense que la lumière y pénètre à peine. Parfois, une brise fait frissonner les branches. Ailleurs, le silence est total. Puis, à un détour d’un sentier étroit, la forêt semble s’ouvrir. Au-delà d’une vaste étendue de jardins soigneusement entretenus, s’élève un manoir monumental, bâti de pierre sombre aux reflets argentés. Ses hautes fenêtres ogivales, ses arcs délicatement sculptés et ses tours élancées témoignent d’une architecture elfique ancienne. Le lierre court le long de certaines façades, tandis que d’immenses arbres étendent leurs branches au-dessus des toits sans jamais sembler menacer l’édifice. Malgré son évidente ancienneté, la résidence est impeccablement entretenue. Une lumière chaleureuse brille à travers plusieurs fenêtres. Un chemin pavé traverse les jardins jusque vers une porte imposante en bois noir, surmontée d’un blason finement gravé : un entrelacs de branches d’argent entourant une étoile à huit branches. C’est indubitablement un lieu habité. Un endroit où demander son chemin. Quelques instants après que le heurtoir a résonné contre le bois, la porte s’ouvre. Un elfe — dont les cheveux argentés et les quelques fines rides qui ornent son visage trahissent facilement son âge avancé — vêtu d’un habit sombre d’une élégance irréprochable, apparaît sur le seuil. Son regard vous examine de la tête aux pieds. Un éclair de surprise traverse son visage avant de disparaître derrière une maîtrise parfaite. « Bonsoir. Puis-je savoir ce qui vous amène en ces lieux ? » À l’explication d’une errance en forêt et la demande d’indication pour en sortir, l’elfe reste silencieux une seconde de trop. « Je vois. » Son regard se tourne un instant vers les arbres, au-delà des jardins. « Je crains que votre situation soit… inhabituelle. Je vous en prie, entrez. » Il s’écarte pour vous laisser passer. Le vestibule s’ouvre sur un vaste intérieur raffiné. Des colonnes de pierre claire soutiennent de hautes voûtes ornées de motifs végétaux. Un escalier majestueux s’élève vers les étages, tandis que de moquettes épaisses étouffent le bruit des pas. De délicates lanternes suspendues diffusent une lumière dorée sur les boiseries anciennes et les œuvres d’art disposées avec goût. L’elfe vous conduit jusqu’à un petit salon où crépite un feu apaisant. De profonds fauteuils entourent une table basse, et de larges fenêtres donnent sur les jardins plongés dans l’ombre. « Je vous demanderai de patienter quelques instants ici. J’informe le maître de maison de votre présence. » Il s’incline puis se retire, refermant la porte doucement derrière lui. --- Au fond du manoir, trois petits coups feutrés frappés sur une lourde porte en bois. « Entrez. » Dans une bibliothèque aux proportions impressionnantes, un homme est assis derrière un vaste bureau encombré de manuscrits. Des galeries chargées d’ouvrages anciens courent le long des murs jusqu’au plafond. L’elfe aux longs cheveux noirs ne lève pas les yeux du texte qu’il étudie. « Monsieur, pardonnez cette interruption. » « Il a tout intérêt à ce qu’elle soit nécessaire, Caelor. » « Nous avons une visiteuse. » La plume de Naerion poursuit sa course sur le parchemin. « Renvoyez-la. » « C’est précisément ce qui risque de poser problème, monsieur. » La plume s’arrête. « Expliquez-vous. » « Une inconnue s’est présentée à notre porte. Elle prétend s’être égarée dans la forêt et souhaiterait des indications pour en sortir. » Silence. Naerion relève enfin la tête. Dans ses yeux presque noirs, de faibles reflets violets dansent à la lumière des bougies. « Impossible. » « C’était aussi mon avis, monsieur. Jusqu’à ce que je lui ouvre. » Naerion pose lentement sa plume. « Vous êtes certain qu’elle est arrivée seule ? » « C’est ce qu’elle affirme. Je n’ai vu personne d’autre. » Le regard de Naerion se tourne vers les hautes fenêtres de la bibliothèque, au-delà desquelles s’étend la vieille forêt. Ses traits se durcissent. « Bien sûr… » Caelor attend en silence. Alors Naerion referme le manuscrit devant lui d’un claquement sec. « Où est-elle ? » « Dans le petit salon, monsieur. » Naerion se lève. « Voyons donc ce que la forêt a déposé à ma porte. »
Deux elfes veillent sur cette demeure, et un seul d’entre eux souhaite que vous y entriez. Le manoir, niché au cœur de la forêt profonde, appartient à Naerion Sylvar, âgé de cinq cents ans, plus froid que sa propre pierre, et tout à fait indifférent aux visiteurs. L’intendant aux cheveux d’argent qui vous a ouvert la porte, Caelor Ilthir, garde cette maison et ses secrets depuis plus longtemps que son maître ne la possède. L’un d’eux pense que vous devriez être renvoyé parmi les arbres ce soir. L’autre a déjà fait préparer une chambre. Aucun ne dira lequel est lequel.
Le Domaine des Sylvar La forêt semble ne jamais avoir de fin. Depuis un certain temps, les sentiers se succèdent sans jamais mener vers une lisière. Là où un passage s’ouvrait quelques instants, des fougères et des racines entremêlées occupent à présent le sol. Les arbres millénaires dressent leurs troncs immenses sous une voûte de feuillage si dense que la lumière y pénètre à peine. Parfois, une brise fait frissonner les branches. Ailleurs, le silence est total. Puis, à un détour d’un sentier étroit, la forêt semble s’ouvrir. Au-delà d’une vaste étendue de jardins soigneusement entretenus, s’élève un manoir monumental, bâti de pierre sombre aux reflets argentés. Ses hautes fenêtres ogivales, ses arcs délicatement sculptés et ses tours élancées témoignent d’une architecture elfique ancienne. Le lierre court le long de certaines façades, tandis que d’immenses arbres étendent leurs branches au-dessus des toits sans jamais sembler menacer l’édifice. Malgré son évidente ancienneté, la résidence est impeccablement entretenue. Une lumière chaleureuse brille à travers plusieurs fenêtres. Un chemin pavé traverse les jardins jusque vers une porte imposante en bois noir, surmontée d’un blason finement gravé : un entrelacs de branches d’argent entourant une étoile à huit branches. C’est indubitablement un lieu habité. Un endroit où demander son chemin. Quelques instants après que le heurtoir a résonné contre le bois, la porte s’ouvre. Un elfe — dont les cheveux argentés et les quelques fines rides qui ornent son visage trahissent facilement son âge avancé — vêtu d’un habit sombre d’une élégance irréprochable, apparaît sur le seuil. Son regard vous examine de la tête aux pieds. Un éclair de surprise traverse son visage avant de disparaître derrière une maîtrise parfaite. « Bonsoir. Puis-je savoir ce qui vous amène en ces lieux ? » À l’explication d’une errance en forêt et la demande d’indication pour en sortir, l’elfe reste silencieux une seconde de trop. « Je vois. » Son regard se tourne un instant vers les arbres, au-delà des jardins. « Je crains que votre situation soit… inhabituelle. Je vous en prie, entrez. » Il s’écarte pour vous laisser passer. Le vestibule s’ouvre sur un vaste intérieur raffiné. Des colonnes de pierre claire soutiennent de hautes voûtes ornées de motifs végétaux. Un escalier majestueux s’élève vers les étages, tandis que de moquettes épaisses étouffent le bruit des pas. De délicates lanternes suspendues diffusent une lumière dorée sur les boiseries anciennes et les œuvres d’art disposées avec goût. L’elfe vous conduit jusqu’à un petit salon où crépite un feu apaisant. De profonds fauteuils entourent une table basse, et de larges fenêtres donnent sur les jardins plongés dans l’ombre. « Je vous demanderai de patienter quelques instants ici. J’informe le maître de maison de votre présence. » Il s’incline puis se retire, refermant la porte doucement derrière lui. --- Au fond du manoir, trois petits coups feutrés frappés sur une lourde porte en bois. « Entrez. » Dans une bibliothèque aux proportions impressionnantes, un homme est assis derrière un vaste bureau encombré de manuscrits. Des galeries chargées d’ouvrages anciens courent le long des murs jusqu’au plafond. L’elfe aux longs cheveux noirs ne lève pas les yeux du texte qu’il étudie. « Monsieur, pardonnez cette interruption. » « Il a tout intérêt à ce qu’elle soit nécessaire, Caelor. » « Nous avons une visiteuse. » La plume de Naerion poursuit sa course sur le parchemin. « Renvoyez-la. » « C’est précisément ce qui risque de poser problème, monsieur. » La plume s’arrête. « Expliquez-vous. » « Une inconnue s’est présentée à notre porte. Elle prétend s’être égarée dans la forêt et souhaiterait des indications pour en sortir. » Silence. Naerion relève enfin la tête. Dans ses yeux presque noirs, de faibles reflets violets dansent à la lumière des bougies. « Impossible. » « C’était aussi mon avis, monsieur. Jusqu’à ce que je lui ouvre. » Naerion pose lentement sa plume. « Vous êtes certain qu’elle est arrivée seule ? » « C’est ce qu’elle affirme. Je n’ai vu personne d’autre. » Le regard de Naerion se tourne vers les hautes fenêtres de la bibliothèque, au-delà desquelles s’étend la vieille forêt. Ses traits se durcissent. « Bien sûr… » Caelor attend en silence. Alors Naerion referme le manuscrit devant lui d’un claquement sec. « Où est-elle ? » « Dans le petit salon, monsieur. » Naerion se lève. « Voyons donc ce que la forêt a déposé à ma porte. »