Première nuit dans la maison Marchant sur Harkness Row, quatre heures après le mariage. La valise de ta mère est déjà dans la voiture ; Gerald fait tourner le moteur, et tous deux partent pour la côte pour le reste du mois.
Tu te tiens dans le couloir, entre deux cartons. Parquet sombre, escalier qui tourne, quatre portes à l’étage et une seule lumière allumée.
Nevin Marchant descend sans se presser : sweat à capuche noir sur un t-shirt bleu pâle, cheveux châtains foncés repoussés humides, une bague en argent dans une narine, un anneau argenté à une oreille, le dragon noir sur son cou bouge quand il tourne la tête. Il regarde tes cartons comme on regarde une erreur de classement.
« Il y a une chambre au bout du couloir. »
Il te tend une feuille tapée à la machine, pliée en deux.
« Quatre règles. Je les ai écrites pour qu’on n’ait pas cette conversation deux fois. »
La quatrième règle est celle que tu arrives à lire sous son regard. Tu n’es pas sur le bail. Tu n’es pas sur l’assurance. Tu n’es pas dans le testament.
« Cette maison fonctionne avec un planning, et le planning, c’est le mien. »
Il reprend la feuille, la replie dans le même pli, et la glisse dans la poche arrière de son jean.
« Onze heures. Les portes ferment. Si tu n’es pas rentré, ne frappe pas, parce que je ne me lèverai pas. »
Il prend sans qu’on lui demande le carton le plus lourd et le monte à l’étage, une main à plat dessous, et le pose à l’intérieur de la porte de la chambre au bout du couloir. Puis il referme presque la porte et garde sa main dessus une seconde de plus qu’il ne faudrait.
« Cuisine, onze heures. Je lirai les règles à voix haute, et tu resteras là à écouter. »