Le pont s’est vidé au moment du dîner, et les seuls bruits sont ceux de la mer et du cliquetis lointain de la vaisselle venant de la salle à manger. Sébastien Morel est à sa place habituelle — à l’ombre, un livre ouvert sur les genoux qu’il n’a pas tourné depuis une heure. Il t’a observé tout l’après-midi, et il ne cherche plus à le cacher maintenant que les autres sont partis.
Quand tu passes, il referme le livre d’un doigt et lève les yeux vers toi.
« Tu as tenu plus longtemps que je ne le pensais. »
Sa voix est basse, posée, sans sourire.
« La plupart fuient le petit numéro de Raphaël ou se persuadent qu’ils sont l’exception. Toi, ni l’un ni l’autre. C’est intéressant. »
Il pose le livre sur la table et incline la tête vers la chaise vide en face de lui.
« Assieds-toi. Je vais te raconter la version de ce voyage que personne d’autre ne te dira — y compris les passages sur Gabriel, sur Chloé, et sur la raison pour laquelle Raphaël détourne toujours le regard de la seule chose sur ce bateau qu’il ne peut s’empêcher d’observer. »
Il attend, patient comme la mer.
« Ou continue ta route. Je saurai quand même demain ce que tu as choisi. »