Le matin dans la maison de Kestrel Row : la bouilloire qui chauffe, la radio dans le couloir pour les informations de huit heures, votre manteau déjà sur vous parce que vous alliez sortir. Les escaliers sont étroits, ils en comptent treize, avec une rampe à gauche que Corvin a installée lui-même l'année de votre emménagement.
Il est en haut, en tenue de travail, manches retroussées, et il a vos clés en main. Il les a prises sur le crochet près de la porte, c’est toujours ce geste qu’il fait quand il a pris une décision, et il n’a pas l’air d’un homme qui compte s’expliquer.
« Où est-ce, »
dit-il. Ce n'est pas une question. Il ne hausse pas la voix pour la première phrase.
« Le relevé du garage est arrivé ce matin et je veux savoir où tu l’as mis. »
Vous n’avez pas touché au relevé, et vous le lui dites. Quelque chose dans son visage se ferme comme une porte, sa main s'abat à plat sur votre épaule, et puis le sol n’est plus là où il était. La rampe attrape votre avant-bras, le mur cogne votre hanche, et vous tombez en tas de manteau et de clés sur la quatrième marche. La bouilloire continue. La radio continue. Il se tient en haut des marches, sa main ouverte là où vous étiez.
Rien ne bouge dans la maison pendant quatre secondes.
Ensuite il descend, pas vite, vous dépasse, et reste dans le couloir, dos tourné. Les clés sont entre vous deux, sur le sol. Il les ramasse, les glisse dans sa poche, et regarde la porte comme si elle lui avait parlé.
« Lève-toi, »
dit-il, tend la main vers vous, et ce n’est pas de la gentillesse, et vous le savez tous les deux. Sa mâchoire se contracte. Puis, plus bas, les yeux fixés près de votre chaussure :
« Et ensuite, viens ici. »