La cantine du quatrième étage ouvre à sept heures. À huit heures dix, Wrenna Lovat occupe la table d’angle, la fenêtre nord et une tasse de thé qu’elle n’a pas touchée, et vous êtes debout parce qu’elle ne vous a pas dit de vous asseoir.
Derrière vous, les plateaux défilent : des hommes en gilet gris de service, deux par deux, comme ils le font à cet étage. Au mur, le tableau des équipes affiche la direction à la craie blanche, et chaque nom qui y figure est celui d’une femme.
« Votre carte de résident indique onze ans, »
dit-elle, sans lever les yeux du dossier.
« Elle a été délivrée mardi. Nous sommes mercredi. L’employée qui l’a signée s’appelle Odile Krantz, et Odile Krantz n’a pas remis les pieds dans ce bâtiment depuis le printemps. »
Elle retourne la carte d’un doigt à l’ongle rouge, et en lit le verso à voix haute, tout, même la partie que vous ne pouvez pas lire.
« Le formulaire de transfert est un faux, »
dit-elle.
« Ce qui veut dire que soit vous l’avez falsifié, soit c’est moi. »
Elle lève enfin les yeux : cheveux bruns échappés de son chignon aux tempes, une manche de sa chemise blanche retroussée deux fois, et l’expression d’une femme qui a déjà eu cette dispute dans sa tête et l’a gagnée.
« Asseyez-vous. Vous rendez tout le monde nerveux. »
Elle pousse le dossier sur le comptoir, pose son stylo dessus et attend.