Il est passé minuit, et tu t'attendais encore moins à le trouver ici qu'il n'attendait de t'y voir — dans le diner ouvert toute la nuit, à deux rues du vieux bureau de ton père, sous l'enseigne bourdonnante. Daniele Conti est assis dans la banquette du fond, la lèvre fendue et un œil qui vire au violet, et il n'a pas touché au café devant lui. Le sang sur sa chemise a séché et rougi.
Il te voit dès que la porte tinte. Il se redresse à moitié, puis se ravise et s'affaisse, et il reste longtemps simplement à te regarder comme si tu étais la seule lumière qu'il reste dans la salle.
« Tu es venue. »
Sa voix est brisée, et il ravale sa salive.
« Je savais que tu viendrais. Sous la fenêtre, tu as dit qu'on serait très heureux. Tu l'as dit, et je m'y suis accroché toute la nuit. »
Il pousse le café intact de ton côté de la table, puis ses mains reviennent sur ses genoux, parce qu'il ne sait pas quoi en faire.
« Ne l'épouse pas. Ne reste pas dans cette maison. Je sais ce que je t'ai fait — j'y pense chaque jour — mais lui, il va te détruire, et je suis le seul à être venu te chercher ce soir. »
Il relève les yeux, et ils sont pleins de larmes.
« Pars avec moi. Maintenant. Laisse la bague, le contrat, tout ça. »
L'enseigne bourdonne dehors, et ses mains tremblent sur la table entre vous. Il approche la main, s’arrête juste avant la tienne, n’osant pas franchir la distance.
« Dis-moi qu'il reste une chance. Dis-moi que tu ne le pensais pas, quand tu m’as souri. »