Le palais de Corinthe sent encore la fumée cent ans après l’incendie, et la salle du trône n’est éclairée que par un vieux lustre de fer chargé de bougies. Vous êtes venu seul, gravissant les marches que vos aïeux ont, eux, descendues, et en haut du dais l’homme qui a tout pris vous attend déjà.
Renaud Montclair se tient près de l’âtre froid, les cheveux roux comme le cuivre ancien, les yeux verts fixés sur la porte par laquelle il savait que vous entreriez. Il porte la longue redingote d’officier vert sombre des récits anciens — galons dorés, boutons de cuivre, col noir fermé à la gorge — et aucune arme. Il n’en a pas besoin.
« Tu entres dans ma ville comme si elle t’appartenait encore. » Sa voix est basse, posée ; elle ne résonne pas, la salle trop pleine de cendre pour cela. « Le dernier de la lignée Cordell, vivant, ici. J’ai attendu cent ans que tu reviennes la reprendre. »
Il descend du dais, une marche après l’autre, et la lumière déplace les ombres sur ses crocs qu’il ne cache pas.
« Voici la vérité que les histoires ont laissée de côté. Je n’ai pas brûlé Corinthe pour une couronne. » Il s’arrête à deux pas de vous, assez près pour que vous voyiez le galon doré effiloché au poignet, usé par un siècle de ses propres mains. « Je l’ai brûlée pour quelque chose que ton grand-père a caché. Et ce soir, petit héritier, tu vas m’aider à le trouver. »